- Présentation
- Actualité
- Concepts
- Chroniques
- Lectures
- Liens préférés
- Outils
- Services


Une collaboration de Jean Bubendorff, Vice-président principal, Directeur régional des ventes, Services Financiers Mackenzie
Jean Bubendorff
L'automne 2000 et le début de l'année 2001 ont servi à l'investisseur québécois une sévère leçon. Il a subi les affres de la douleur et de la déception que suscite le choc de l'après-spéculation. Il s'est retrouvé également plus pauvre.
Il fût un temps où la vie de l'investisseur était simple. Il suffisait d'acheter des certificats de placement garantis (CPG), des obligations d'épargne ou des dépôts à terme pour se garantir un rendement de plus de 10% sans aucune fluctuation du capital. C'était le temps où l'investisseur moyen ne se posait pas trop de questions face aux placements puisque le taux d'intérêt que sa caisse ou sa banque lui offrait lui convenait parfaitement.
C'est à partir de 1992, que les choses se sont compliquées. À ce moment là, et pour la première fois depuis les années 1960, les taux d'intérêt tombaient en dessous de la barre des 10%, pour y rester. L'investisseur type considère que 10% est le rendement normal que mérite son argent. Les gens ne se satisfont pas longtemps d'un rendement moins élevé. Ainsi, les investisseurs ont cherché en masse d'autres moyens de retrouver ce rendement minimal.
On sait qu'il y a un risque dans tous les genres de placements.
- Le risque de réinvestissement est associé aux certificats de dépôt et autres investissements à court terme: lorsque vos dépôts viennent à échéance, vous êtes obligé d'accepter le taux d'intérêt existant à cette date. Dans les années 1970, chaque échéance bénéficiait d'un taux plus élevé. Nous avions un environnement économique inflationniste qui entraînait une hausse continuelle des taux. Mais les choses ont changé à partir de 1981, date à laquelle les taux culminaient à des niveaux de 18%.
Depuis, chaque renouvellement de dépôts à terme se fait à un taux plus bas et les gens qui dépendent de ce genre de placement comprennent maintenant que, s'ils ne prennent pas de risque sur le capital, ils en prennent un très gros sur le rendement. Un investisseur qui disposait d'un capital de 100 000$ produisant un rendement de 10 000$ par an depuis 5 ans, doit maintenant se contenter de 5 000$ au renouvellement, un crash de 50% sur le revenu disponible.
Beaucoup de gens se sont donc mis à chercher des solutions de rechange au cours des années 1990 et se sont demandés quels autres genres de risques pouvaient être pris afin d'avoir une chance de remonter le rendement au-dessus de la barre des 10%.
- Le risque de fluctuation est celui qui est associé à la fluctuation des actions et des obligations. Les investisseurs québécois, étant foncièrement prudents, se sont donc dirigés massivement vers les fonds de placement.
Les actifs des fonds sont passés de quelque 30 milliards$ en 1990 à plus de 430 milliards$ aujourd'hui. Ceux-ci permettent à l'investisseur de bien diversifier son portefeuille d'actions en donnant le mandat à des gestionnaires réputés de prendre les décisions de placements aux moments opportuns afin de produire des rendements à long terme intéressants. Mais au fur et à mesure que les performances des fonds se sont accélérées sous la poussée de l'enthousiasme généré par le concept de la Nouvelle économie, un grand nombre d'investisseurs ont décidé de prendre un autre risque.
- Le risque spécifique est le risque associé à une seule compagnie ou à un seul genre de placement. Lorsque l'investisseur prend ce risque, son objectif de placement change complètement. Il veut maintenant spéculer et non investir: il veut faire de l'argent à court terme. Nous avons vécu une de ces périodes d'intense spéculation entre la fin de 1999 et la première moitié de l'an 2000.
Durant cette période de nombreux investisseurs, devenus spéculateurs, se sont lancés sur l'Internet et ont ouvert des comptes auprès de firmes de courtage à escompte afin de tenter de faire de l'argent rapidement. Même ceux qui utilisaient un courtier insistaient pour spéculer. Au Québec, on dirait que nous sommes foncièrement très prudents face à notre argent, et nous le sommes très longtemps... jusqu'au moment où nous spéculons. Et la spéculation devient alors intense et passionnée.
Durant cette phénoménale bulle de spéculation, tout le monde ne parlait que de bourse et s'échangeait les derniers commentaires sur telle ou telle action. On se vantait également de ses bons coups afin d'impressionner famille et amis. Il semblait que tous et chacun ne pouvaient que faire de l'argent et que la bourse était le moyen facile de s'enrichir rapidement. On anticipait faire des rendements de 35% (chiffre choisi au hasard) par année facilement, juste sur la conviction que les premiers investissements qui se sont avérés rentables étaient le résultat de notre expertise et de notre flair. Il se trouve que ce n'était pas cela du tout : nous avions tout simplement de la chance... et maintenant la chance a tourné.
Un spéculateur ne fait pas d'argent à long terme: il en perd. C'est un fait qui est le simple résultat de la psychologie humaine face à l'argent. Il n'y a pas d'ambition plus universelle dans notre monde capitaliste que de vouloir devenir riche, vite et facilement. Il suffit de penser au succès de Loto Québec qui ne fait que jouer sur notre rêve de richesse instantanée. Lorsque la foule se met à croire qu'une tendance (la croissance de la Nouvelle économie) va nous rendre tous riches, c'est la ruée... C'est ce qui produit des bulles spéculatives. La plupart des gens se font prendre par ce phénomène parce qu'ils ont l'impression que, s'ils n'y participent pas, ils seront les seuls à ne pas devenir riches. Mais bientôt la chance tourne et c'est toujours juste au moment où on est le plus convaincu de notre succès et qu'on a parié le plus d'argent.
Beaucoup d'investisseurs se retrouvent aujourd'hui avec de nombreuses actions dans leur portefeuille qui valent 50%, 75% ou même 90% moins chères que le prix payé. Et le pire, c'est que souvent ces spéculations représentaient une partie importante de leur portefeuille. Autrement dit, on avait oublié toutes les règles fondamentales de la diversification pour tomber directement dans le panneau de l'appât du gain.
Que d'argent perdu si inutilement!
J'espère que cette expérience nous permettra de revenir à la base de l'investissement.
Posons-nous à nouveau la question: pourquoi investissons-nous?
Investir veut dire: placer de l'argent pour le faire fructifier. Cet argent est la différence entre notre revenu et nos dépenses, c'est à dire notre épargne. À moins d'investir par un RÉER, cette épargne a déjà fait l'objet d'un prélèvement fiscal important (jusqu'à 52%).
C'est donc le résidu de toutes nos obligations. En ce sens, cette épargne est extrêmement précieuse puisqu'elle a été acquise avec beaucoup d'efforts. Pourtant, seulement 5% des gens (statistiques glanées lors de mes conférences sur la psychologie de l'investisseur) ont vraiment un plan et une stratégie d'épargne. En fait, la très grande majorité investissent des dizaines de milliers de dollars sur des coups de tête sans se demander si ce placement convient à leur situation. D'abord, ils n'ont pas de plan d'épargne et, ensuite, ils ne savent pas ce qu'ils font.
La première règle en matière de placement est d'avoir un objectif, un plan et une stratégie. La deuxième est d'éviter tout potentiel de commettre des grossières erreurs de placement, des erreurs qui vous font perdre tellement d'argent qu'elles mettent en péril la réalisation de la première règle.
Comprenez bien: on fera tous des erreurs de placements. Investir n'est pas une science mais un art. Mais la clé de la réussite est de diversifier suffisamment pour que si l'un de vos placements tombe dramatiquement, il n'affecte pas substantiellement l'ensemble de vos épargnes.
Il faut donc garder l'équilibre qui vous convient entre vos dépôts, vos obligations d'épargne, vos autres titres à revenu fixe et vos actions. Votre portefeuille d'actions doit contenir pas moins de 10 titres répartis dans des industries différentes ainsi que géographiquement et aucun d'eux ne doit représenter plus que 10% de l'ensemble du portefeuille. Bien sûr, les fonds de placement vous permettent d'atteindre un degré de diversification encore plus efficace.
L'éclatement de la bulle des technologies n'a fait mal qu'aux investisseurs qui étaient mal diversifiés mais j'ai peur qu'ils étaient très nombreux à avoir succombé à l'attrait de l'appât du gain. Durant les cinq dernières années, beaucoup d'investisseurs étaient à la recherche de meilleurs rendements et ont tenté de mieux diversifier leurs placements en investissant moins dans les CPG et plus dans les fonds mutuels et les actions. On les a appelés “les réfugiés des CPG”. En fin 2000, beaucoup d'entre eux ont succombé à l'appât du gain, à avoir essayé de faire fortune en se passant des conseils d'un conseiller. Cette expérience leur a été extrêmement coûteuse et ils regrettent déjà leur geste. Nous parlons maintenant déjà des “réfugiés de l'Internet”.
L'investisseur doit donc revenir vers cet équilibre qui allie plus de rendement avec moins de risque et qui ne peut être obtenu qu'avec l'aide d'un conseiller qui saura bâtir le portefeuille qui convient à ses objectifs et à son attitude face au risque. Il s'agit pour chacun de retrouver la sérénité face à ses placements qui est primordiale pour éviter de faire des erreurs. Je vous encourage à parler à un conseiller pour lui demander de vous aider à retrouver votre chemin et de vous aider à y rester.
Jean Bubendorff